Lady Theos n’est pas spécialement connue pour son ouverture d’esprit. Voici un vieux texte où elle se montre sous un jour franchement surprenant. Plus tard elle s’est montrée bien plus intransigeante vis à vis des autres Traditions.

Différences
par Lady Theos, Long Island Coven vers 1975

version française Tof


Lady Rowen (Rosemary Buckland), qui venait directement du coven de Gerald Gardner sur l’Ile de Man au début des années 60, fut, à ma connaissance, la première Grande Prêtresse à fonder un Coven aux USA, dans la tradition que je suis. Elle a présidé le « coven mère » d’où la tradition s’est propagée dans de nombreuses régions. Quand Lady Rowen a abandonné la charge de Grande Prêtresse elle m’a cédé le coven. Je dirige maintenant ce coven avec Phoenix, mon Grand Prêtre (et époux). Rowen est Reine de ce coven, elle est une Aînée et reste un membre important et actif du coven.

En raison de la confusion passée créée par ceux qui ont prétendu parler pour « tous les Gardneriens »,  je n’exposerai ici rien de plus que certaines de mes opinions personnelles et je décrirai grossièrement une partie de ce que j’ai fait. J’ai rempli ma fonction d’une façon double. De l’intérieur j’ai œuvré à renforcer et établir le coven et j’ai aussi fait l’effort d’intégrer les miens dans le mouvement principal de la Sorcellerie. Chacune de ces deux charges a ses propres problèmes et a causé un très grand questionnement intérieur. Par exemple, comme un certain nombre d’autres Grandes Prêtresses, je pratique avec plusieurs Bosquets Païens proches de ma tradition. Cela demande beaucoup de temps et d'effort. Dans une certaine mesure, ces groupes furent utiles pour sélectionner ceux qui souhaitaient l’initiation Sorcière. Cependant j’ai constaté qu’un pourcentage important de ceux qui rejoignaient les Bosquets Païens recherchaient quelque chose que mon coven n'offrait pas. Certains cherchent à devenir médiums, astrologues et lire les lignes de la main, d’autres veulent développer des capacités extrasensorielles. Certains pensent que la Sorcellerie leur donnera des mots de pouvoir secrets qu’ils pourront utiliser à des fins personnelles. Certains pensent que la Sorcellerie est un « club à la mode » qui fera d’eux le centre d’intérêt dans les soirées. D’autres sont convaincus qu’il s’agit du culte du diable ou une excuse pour consommer des drogues ou se livrer à des orgies sexuelles. Même si on l’explique longuement à certaines de ces personnes, ils ont souvent du mal à comprendre que la Sorcellerie est une simple religion pastorale et que le plus grand secret de la Sorcellerie c’est qu’il n’y a pas de secrets ! Certains vont des Bosquets Païens à la Sorcellerie, c’est très bien, mais ils ne sont pas représentatifs de la majorité de ceux qui appartiennent à de tels groupes. La Sorcellerie commence à s’ouvrir et c’est ce qui explique la longue liste d’attente de personnes souhaitant intégrer les Bosquets Païens. En gardant à l’esprit que la Sorcellerie n’a jamais cherché à recruter, je me demande si nous ne devenons pas des missionnaires. Je me demande si la Sorcellerie des années 1970 est vraiment aussi bien adaptée aux masses qu’elle l’était autrefois. Je me demande si nous devrions aussi rendre la Sorcellerie accessible à un public qui a été formaté par Rosemary's Baby, les « sorcières » de la télévision et plusieurs siècles de bigoterie. D’un autre côté, je ressens le besoin de donner une telle opportunité à ceux qui sont honnêtes et sincères dans leur désir d'adorer les Anciens Dieux. Je sais que de nombreuses Sorcières initiées dédaignent ceux qui prétendent être des Sorcières héréditaires, mais j’ai constaté que ceux qui sont les plus efficaces dans le coven sont ceux qui possédaient déjà un « petit quelque chose » en plus avant même d’être initiés. Il est stupide de penser que l’initiation fait automatiquement de la personne une Sorcière, l’initiation fait juste de la personne un membre du coven. Vous ne décidez pas de devenir Sorcière juste avant de chercher à être initié.

Vous découvrez que vous êtes une Sorcière et que vous en avez toujours été une. Puis vous cherchez un coven afin d’être avec d’autres personnes qui sont comme vous. Le rite d’initiation ne fait que formaliser cela.

En tirant profit ce qui semble être une nouvelle liberté religieuse, couplée avec l’intérêt du public pour l’occulte, sommes-nous peut-être devenus trop enthousiastes dans notre désir de partager avec les masses quelque chose qui nous semble magnifique ?

L’autre aspect de mon travail a été de mettre en place des rapports cordiaux entre mon coven et d’autres covens qui suivent diverses traditions. Il y a eu trop de malentendus dans la Sorcellerie, trop de querelles, trop de politique – Je ne nie pas que des Gardneriens ont participé au développement de cela. Peut-être est-ce à cause de membres de ma propre tradition que certains membres d’autres traditions m’ont dit que les Gardneriens sont tous snobs, trop stricts, trop dogmatiques et inamicaux, etc., etc. On m’a souvent demandé de défendre les paroles et les actes de Gerald Gardner. J’ai participé à de très nombreuses « discussions académiques » sur l’histoire de ma tradition et sur le contenu de notre Livre des Ombres.

Je n’ai que faire des habitudes de Gerald Gardner, pas plus que je ne m’intéresse à toutes les histoires tournant autour de Gerald Gardner ni au label « Gardnerien » qu’on nous a collé. Ces choses ne jouent aucun rôle dans les agissements de mon coven.

Je n’ai jamais voulu envoyer ma tradition à la figure de qui que ce soit et je ne me sens pas obligée de défendre qui que ce soit. Nous pratiquons notre culte d’une façon qui nous convient et c’est ce qui compte le plus. Je dirais aussi que j’ai assisté et participé à des Esbats d’autres traditions et les ai trouvés tout aussi émouvants que les nôtres.

Dans nos rites nous disons que la Déesse a été connue sous de nombreux noms.

Vraisemblablement chacun de ces différents noms était accompagné de tout un ensemble de rituels totalement différent, aucun n’étant plus valide ou moins valide qu’un autre à partir du moment où ils sont pratiqués avec sincérité et amour. Les rituels de ma tradition sont ceux que j’ai volontairement choisis, ils me sont familiers et ils apportent les résultats désirés. Comme Grande Prêtresse il est de mon devoir et de ma responsabilité de réaffirmer les principes de ma tradition.

Il me semble que si une Sorcière initiée dénigre les croyances et les rituels d’une autre elle offense aussi les Dieux.

Je ne pense pas que ces sentiments sont présentés ici pour la toute première fois. Je sais que nombreux sont ceux qui partagent avec moi ces croyances, pourtant j’attends toujours avec impatience le jour où tous ceux qui suivent le Chemin de la Dame pourront s’unir - pas dans leurs rituels - mais dans un Parfait Amour et une Parfaite Confiance. Je travaille à cela.

 

 

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