Le chef des sorcières

britanniques est mort en mer

in « News of the World » du 23 février 1964

version française Tof

 

Pour les autres passagers du bateau qui vogue lentement le long des côtes nord- africaines, ce n’était qu’un étrange vieillard que l’on rencontrait régulièrement à la table du déjeuner.

De constitution fragile, une barbe de bouc grise et d’étranges yeux perçants. Le bateau l’avait embarqué à Beyrouth, c’était un « vieil écrivain » qui avait passé l’hiver au Liban.

Lorsqu’il a fait un malaise et est mort sur la table du déjeuner, il y avait dans la salle l’agitation habituelle. Il était seul. Il a été rapidement décidé qu’il serait enterré lors de la prochaine escale et qu’on ne pouvait faire autrement.

Il a été enterré la semaine dernière à Tunis –mais pas avant que sa famille, résidant dans le Tennessee aux USA, ait télégraphié aux Affaires Etrangères au sujet d’un Dr Gerald Brosseau Gardner, âgé de 80 ans, qui confessait être une sorcière, ainsi que le conservateur du musée de la sorcellerie de Castletown sur l’Ile de Man est l’auteur de livres sur la sorcellerie.

Lorsque la nouvelle est arrivée en grande Bretagne, il y a eu des remous dans chaque « coven sorcier », car le Dr Gardner était ici le très puissant leader de milliers de sorcières.

C’est l’homme dont on m’a souvent parlé lors de mes recherches sur la sorcellerie contemporaine britannique l’automne dernier.

Des milliers de touristes sur l’Ile de Man l’ont rencontré, il leur en coûtait un shilling par personne pour visiter le Witch Mill à Castletown. Ils voyaient la collection d’os et de charmes, « de mauvais œil » et d’instruments de torture liés à la chasse aux sorcières en Europe au Moyen-Age.

Ils écoutaient le Dr Gardner (docteur en philosophie et docteur en littérature) clamer les vertus de « l’ancienne foi » (plus ancienne que le christianisme) et l’écoutaient raconter qu’il était maître en « magie blanche ».

Les gens de Castletown le voyaient comme un reclus qui est soudainement venu à eux en 1946. 1946 est, selon certains, l’année où il est devenu sorcière après avoir passé 40 ans en Malaisie. Certains se souviennent aussi de lui à Liverpool.

Mais, en Angleterre, il est un leader sorcier qui participe à des rencontres sorcières secrètes dans tout le pays, donnant des conseils et réglant les litiges.

Mme Eleanor Bone de Trinity road, Balham, Londres, qui avoue aussi être une sorcière m’a dit : « la mort du Dr Gardner nous a tous profondément choqué. Nous nous sommes demandés qui allait prendre sa place dans notre culte.

Je dirige un coven, ici à Balham, et j’ai parlé aux leaders des covens de Sheffield et de St Albans. Je pense que je remplacerai le Dr Gardner.

Son ascension dans notre culte fut surtout accidentelle, mais sa personnalité et son savoir ont fait qu’il a été accepté dans ce rôle dans tout le pays, sauf l’Ecosse.

Nous voulons maintenant former un comité central des sorcières anglaises et je serais probablement élu agent de liaison entre tous les covens ».

Que de grands débats –et querelles– se préparent entre sorcières suite à la mort du Dr Gardner.

Il a emporté bien des secrets dans sa tombe mais, en Grande Bretagne où il vivait, la sorcellerie va continuer à se développer et peut être que son décès provoquera un nouvel intérêt pour la sorcellerie.

 

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